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Patrimoine fluvial · Embarcations anciennes

Barques, toues, canots et gondoles : les bateaux traditionnels d'eau douce

Barques, toues, canots et gondoles : les bateaux traditionnels d'eau douce

Bien avant les bateaux de plaisance en polyester, chaque rivière avait ses embarcations, dessinées pour son courant, sa profondeur et le travail qu’on y faisait. Pêcheurs, passeurs, mariniers, lavandières et canotiers du dimanche utilisaient des bateaux très différents, souvent construits par un charpentier du village. Une partie de ce patrimoine a disparu, mais beaucoup de modèles survivent grâce aux associations et aux chantiers qui les reconstruisent.

Le fond plat, réponse aux rivières peu profondes

La plupart des bateaux traditionnels de rivière ont un point commun : le fond plat. Sur un cours d’eau peu profond, encombré de bancs de sable et de hauts-fonds, une quille serait un handicap. Un fond plat permet d’échouer sans dommage sur une berge, de charger lourd avec un faible tirant d’eau et de construire simplement, avec des planches assemblées sur quelques membrures.

La barque de pêche et de service

Petite, robuste, menée à la rame, à la godille ou à la perche, la barque à fond plat servait à tout : pêche, passage d’une rive à l’autre, entretien des berges, relevage des nasses. Ses formes varient d’une région à l’autre : on parle de plates, de bachots, de barques à pointe ou à tableau selon les lieux.

La toue

La toue est un grand bateau à fond plat, typique de la Loire et de ses affluents. Elle servait au transport de marchandises, de bétail ou de passagers, et pouvait porter une voile carrée pour remonter le fleuve avec le vent d’ouest. On en construit encore aujourd’hui, en bois, pour des promenades ou des sorties pédagogiques. Sa cousine plus imposante, la gabare, était utilisée sur plusieurs grands fleuves de l’Ouest et du Sud-Ouest.

La flûte

Le mot « flûte » désigne des bateaux longs et étroits, adaptés à des canaux aux écluses resserrées. La plus connue est la flûte berrichonne, conçue pour le canal de Berry, dont les écluses étaient trop étroites pour les péniches ordinaires. Ces bateaux étaient souvent halés par des ânes ou des hommes.

Canots et yoles : l’ère du loisir

Au XIXe siècle, la rivière devient un lieu de loisir. Les Parisiens découvrent le canotage sur la Seine et la Marne, et les chantiers produisent des embarcations plus fines et plus élégantes que les bateaux de travail.

  • Le canot de promenade, en bois verni, se mène à l’aviron, parfois à la voile. C’est le bateau des toiles impressionnistes, que l’on retrouve dans notre article sur l’île des Impressionnistes à Chatou.
  • La yole est une embarcation légère et allongée, conçue pour la vitesse. Elle est à l’origine de l’aviron sportif moderne, avec ses bancs à coulisse et ses portants. Pour pratiquer aujourd’hui, voyez notre guide de l’aviron en Île-de-France.
  • Le périssoire, sorte de kayak étroit et instable, a eu son heure de gloire chez les canotiers avant de laisser la place au canoë.

Petit lexique des embarcations de rivière

EmbarcationPropulsion traditionnelleUsage principal
Barque à fond platRame, perche, godillePêche, passage, service
ToueVoile carrée, perche, halageTransport sur la Loire et ses affluents
GabareVoile, halageTransport de marchandises
Flûte berrichonneHalageTransport sur le canal de Berry
Canot de promenadeAviron, voileLoisir
YoleAvironCourse
GondoleRame unique à l’arrièreTransport urbain à Venise

La gondole, un bateau qui a voyagé

La gondole est indissociable de Venise. Son dessin est d’une grande sophistication : coque asymétrique, plus large d’un côté que de l’autre, pour compenser la poussée du gondolier qui rame debout, d’un seul côté, à l’arrière. La forcole, le support en bois sur lequel s’appuie la rame, est elle-même une pièce sculptée à la main.

Pourtant, la gondole n’est pas restée cantonnée à la lagune. Dès l’Ancien Régime, la République de Venise en offre à Louis XIV pour le Grand Canal de Versailles, avec des gondoliers logés dans un quartier du parc qui porte encore le nom de Petite Venise. Au fil des siècles, des gondoles ont navigué sur des lacs, des rivières et des bassins de parcs en Europe et outre-Atlantique, au gré d’expositions, de fêtes ou de la passion de quelques amateurs.

Aujourd’hui encore, on croise des gondoles vénitiennes hors de Venise : elles sont généralement entretenues par des associations ou des passionnés, qui ont parfois appris la technique de rame auprès de gondoliers vénitiens. Ramer debout, d’un seul aviron, sans dévier de sa route, demande un long apprentissage. Ces bateaux sont souvent présents lors des fêtes nautiques et des rassemblements d’embarcations anciennes.

Faire vivre ces bateaux

Un bateau en bois qui ne navigue pas se dégrade vite : il sèche, ses bordages se disjoignent, ses assemblages travaillent. La meilleure façon de le préserver est donc de le faire naviguer. C’est le choix de nombreuses associations, qui organisent sorties, initiations à la rame ou à la godille et chantiers de restauration ouverts aux bénévoles.

Les fêtes de rivière et les rassemblements de bateaux anciens, où se côtoient barques, canots, voiliers anciens et bateaux à vapeur, sont l’occasion de voir ces embarcations à flot et d’échanger avec ceux qui les entretiennent. Pour qui veut aller plus loin, certains chantiers associatifs proposent même de construire sa propre barque, à partir de plans traditionnels.

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